Nicolas Gemoets
Réaliser un court-métrage avec Callipeg
Peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton travail ?
J’aime beaucoup dessiner, donc je m’efforce d’en faire une grande partie de ma vie. En ce moment, je travaille beaucoup en animation 2D et en BD.
L’animation est très importante pour moi parce qu’elle permet de mettre en images et en musique ce qu’aucun mot ne peut effleurer.
Et je n’ai pas beaucoup de mots en stock.
Comment as-tu découvert Callipeg ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’essayer ?
Annecy 2022, je rencontre Benjamin Cerbai sur un pont ensoleillé non loin du lac.
Il m’enjoint avec vigueur, à jeter un œil à son application d’animation qu’il vient présenter au MIFA avec son équipe. Un sourcil froncé et l’autre haussé vers le ciel, je me laisse embobiner. Aujourd’hui, c’est mon logiciel de prédilection. On est indissociables.
Peux-tu nous présenter ton film « La Maison de Ezra » que tu as réalisé avec Callipeg ?
La Maison de Ezra raconte l’histoire d’un mini agent immobilier d’environ 5 ans qui fait visiter sa maison à un jeune couple. La maison est farfelue : des toilettes dans des armoires, des tomates géantes dans le jardin, un véritable terrain de jeu. La visite tourne à la petite aventure. Les trois amis vivent des péripéties hors du commun, pleines de rebondissements.
Quelles sont tes fonctions préférées dans Callipeg et comment est-ce qu’elles te sont utiles ?
Parmi tous les super outils, mon préféré reste l’outil du calque de transformation. Il me permet d’automatiser une animation grâce à un système de courbes très simple à prendre en main. Je l’utilise régulièrement pour déplacer des objets dans mon plan ou pour les mouvements de caméra quand je n’ai pas envie de tout faire à la main.
(J’ai rarement envie de tout faire à la main.)
Comment tu t’organises pour travailler tout seul sur ce genre de film ?
L’organisation est inexistante dans ma vie, donc on peut virer la première partie de la phrase. Il n’y a pas de méthode particulière : tout dépend du projet et de ses besoins.
Mais si je devais répondre comme un adulte qui a l’air de savoir ce qu’il fait, je dirais que : je commence par un brouillon d’animation qui permet de construire un squelette, une structure du résultat final en peu de temps. Ensuite, quand tout me va, je passe à l’animation pur jus, où je dois imaginer le meilleur moyen de faire passer mon message par des mouvements ou un acting pertinent.
Mais sur des projets plus courts comme Merci Papy, je peux me lancer dans l’animation finale dès le début. Ainsi, je laisse plus de place à ma spontanéité et à l’improvisation.
Tu as réalisé un autre film plus récemment, « Merci Papy », très personnel (tu peux me confirmer qu’il est bien animé dans Callipeg ?).
Eh non, désolé de vous décevoir. Je n’ai aucune idée de pourquoi, mais cette fois je n’ai pas utilisé cette app. Étonnant, non ? On jurerait que ce fut le cas, et effectivement le film aurait été tout aussi beau en utilisant Callipeg. On reste copains et on continue l’interview ?
Est-ce que tu t’attendais à l’impact que ce film a eu ?
Je m’efforce de ne jamais m’attendre à grand-chose avant de partager mon travail sur les réseaux. On croise les doigts pour avoir plus que 30 likes et un commentaire de sa maman (même ça vaut tout l’or du monde), mais à part ça, on ne peut rien faire de plus.
Ce projet-ci était assez différent des autres : il s’agit d’un sujet très personnel. J’ai longtemps hésité à le publier car je ne voulais pas qu’il quitte la sphère de mes proches. Ce sont eux qui m’ont encouragé à le partager, et je les en remercie.
Pour répondre à la question : non, je ne m’attendais absolument pas à ce que mon anim la plus égocentrée connecte avec autant de monde, et j’en ai été très remué.
Peux-tu présenter un plan que tu as animé sur Callipeg et nous décrire le processus ?
Voici un plan rough sur lequel je travaille en ce moment. On y voit un capitaine Suka géant courir après un P3 en forme de gâteau à travers la ville. Sur ce plan, la caméra recule frontalement dans la rue. J’ai animé les personnages et le trafic séparément dans Callipeg, puis je les ai collés comme des stickers sur différents plans dans Blender. Cela me permet de jouer avec la perspective et la parallaxe des différents éléments quand j'anime la camera dans l'espace 3D.
De temps en temps, je n’ai pas besoin de quitter Callipeg pour réaliser ce genre d’effet. Dans ce plan-ci, une voiture fonce à toute allure dans la forêt. Le décor bouge beaucoup et n’a donc pas besoin d’être très régulier d’une image à l’autre ; je peux me permettre de l’animer à la main. Ici, la caméra ne se déplace que latéralement afin de renforcer les secousses de la voiture. L’effet d’éloignement est uniquement suggéré par le rapetissement du décor.
As-tu quelques conseils pour animer les personnages ? Des choses qui t’aident à animer plus efficacement ?
Si vous avez un téléphone, filmez-vous ! Faire des vidéos de référence avant de se lancer dans une animation de personnage compliquée, c’est pas de la triche et ça coupe court à pas mal de problèmes. Analyser image par image permet de mieux comprendre les différentes réactions en chaîne de nos articulations. Car nous ne sommes que ça : de grosses chaînes de muscles et d’os, au final bien peu de chose.
Petite astuce de coyote : il est judicieux de supprimer vos vidéos de référence une fois que vous n’en avez plus besoin ou alors ne laissez pas vos amis toucher à votre galerie photo.
Et globalement, as-tu un conseil pour quelqu’un qui veut se lancer et réaliser ses propres films animés ?
Si je ne devais en choisir qu’un, je dirais : finissez quelque chose et partagez-le. Quand on a plein d’idées et d’envies, il est souvent très dur de se cantonner à un seul projet. Pourtant, il n’y a pas de plus belle récompense ni de meilleure motivation que de finir une œuvre. En outre, même si le résultat est mauvais, si c’est moche, ça colle ou que ça pue, faites-le vivre : faites-le goûter à vos proches, à vos moins proches, créez du débat, de la réaction.
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